Quarante ans après la sortie de l’album fondateur Phaedra, Tangerine Dream lançait au Trianon, à Paris, la première étape de son Phaedra Farewell Tour, une tournée qui devait également mener le groupe à Londres, aux Pays-Bas, un peu partout en Allemagne, en Autriche, et en Pologne, pour s’achever à Turin, en Italie, le 6 juin. Après le succès de la bande originale de GTA V, mais aussi de la ressortie en édition augmentée de celle de Sorcerer (enregistrée en 1976 pour l’excellent film de William Friedkin), le futur de Tangerine Dream pourrait bientôt moins rimer avec la scène qu’avec le studio. Ou les B-O...
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| Phaedra Farewell Tour – Tangerine Dream live @ Le Trianon 2014 |
Paris, le 22 mai 2014
Avec ce Phaedra Farewell Tour, Tangerine Dream se lance dans
une « tournée d’adieux » non au public mais plutôt aux tournées. Edgar
Froese, qui fêtera le 6 juin ses 70 ans, fondateur du groupe en 1967, souhaite
désormais se concentrer sur des événements uniques, plus sporadiques, mais
aussi plus spectaculaires, comme ce concert à Tenerife en 2011 avec Brian May ;
la première de Sorcerer à Copenhague,
le 3 avril dernier, qui a permis à Tangerine Dream de réinterpréter
intégralement sur scène la célèbre bande originale du film de William Friedkin,
en présence du réalisateur ; ou la plus récente Cruise to the Edge, une semaine de croisière aux Caraïbes avec la crème
du rock progressif, dont Yes, Marillion, Steve Hackett, Queensrÿche et donc
Tangerine Dream.
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| Edgar Froese et Thorsten Quaeschning |
Comme à Copenhague le mois précédent, le groupe se présente
au Trianon sans son guitariste Bernhard Beibl, parti vers d’autres horizons, si
bien que les deux Berlinois Edgar Froese et Thorsten Quaeschning se retrouvent en
excellente compagnie, entourés de la saxophoniste Linda Spa, de la
percussionniste Iris Camaa et de la dernière recrue en date (embauchée en 2011
pour un concert à Manchester), la violoniste japonaise Hoshiko Yamane, que les
fans de Jane Birkin connaissent bien. Après quelques petits problèmes
techniques rencontrés avant la levée du rideau et qui inspirent à l’un des
spectateurs l’exclamation très à propos : « C’est un coup de
Jean-Michel Jarre ! », pas loin de 900 inconditionnels assistent
alors à une revue de quarante ans de répertoire répartie sur deux sets d’une
heure.
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| Hoshiko Yamane |
Edgar Froese s’est à tel point fait une spécialité de la mise au goût du
jour de ses anciens albums, qu’une oreille non avertie aurait du mal à
distinguer stylistiquement le matériel le plus ancien de ses compositions les
plus récentes. Aux deux extraits de Sorcerer
repris ce soir-là (Grind et Betrayal) répondent en effet un titre de
l’avant-dernier album studio, The Castle
(d’après Kafka), et un autre de GTA V,
dont Tangerine Dream a cosigné le score l’année dernière. Tous auraient pu être
écrits cette année. Un album était curieusement absent de la tracklist de ce concert d’ouverture du
Phaedra Farewell Tour : Phaedra
lui-même. Peut-être aurait-il fait l’objet du rappel qui a tant manqué aux fans ?
Le soir même, le groupe se précipitait en effet à Londres, attendu dès le
lendemain au Shepherd's Bush Empire, l’une de ses salles favorites outre-Manche,
où Phaedra n’a pas été oublié,
cette-fois.
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| Iris Camaa |
Parmi les temps forts, outre les deux passages de Sorcerer, très applaudis, on retiendra
une version complète assez rare de Sphinx
Lightning (le fantastique dernier titre du dernier album réalisé pour Virgin
en 1983, Hyperborea), mais aussi une puissante
interprétation de Sleeping Watches
Snoring In Silence (2007), qui ne peut qu’inspirer la réflexion suivante,
paradoxale compte tenu du titre du morceau : Tangerine Dream n’a plus rien d’un
groupe de rock « planant », comme il est encore si souvent qualifié :
Edgar Froese et cie jouent très fort ! Notons aussi les performances individuelles des acteurs, comme cet exercice
de danse buto d’Iris Camaa en début de second set, le solo de saxophone de
Linda Spa sur Oriental Haze, qui lui
permet de quitter enfin son estrade pour tenir l’avant-scène, et les très
discrètes interventions de Hoshiko Yamane, la violoniste étant hélas souvent la
première masquées par les fumigènes.
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| Linda Spa |
Les deux hommes sont les plus sobres.
Edgar, qui n’a jamais été très démonstratif, sans doute aussi encore gêné par
sa récente fracture de la mâchoire, s’exprime finalement comme il l’a toujours
fait : en musique. Son solo de guitare sur Hermaphrodite (extrait de Finnegans
Wake, 2011) montre à quel point il a toujours utilisé cet instrument de
façon singulière. Et s’il fallait retenir un seul son caractéristique de
Tangerine Dream, un son qui a traversé le temps, qui n’a jamais eu besoin d’une mise à jour, jamais été altéré ni par les modes ni par les révolutions technologiques que le
groupe a connues au cours de son histoire, alors il s’agirait sans doute du
toucher de guitare si singulier, si personnel d’Edgar Froese.
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| Edgar Froese |





