L’année 2013 a marqué la renaissance
de la musique « cosmique » en Belgique sous l’impulsion de deux
nouveaux événements : les Cosmic Nights et le B-Wave Festival. Toute une
scène s’est alors révélée à son public, qui se donnait jusqu’alors plutôt rendez-vous
aux Pays-Bas voisins, voire en Allemagne ou en Angleterre. Cette année, le
planétarium de Bruxelles accueillait la 3e édition des Cosmic Nights sous la
houlette de son promoteur, le musicien Mark de Wit. La manifestation faisait la
part belle à la scène locale, avec Rhea et Ruud Rondou, Cycles of Moebius et
The Roswell Incident. Michael Brückner et Mathias Brüssel représentaient
l’Allemagne, tandis que Ian Mantripp, bien que résident belge, incarnait la Grande-Bretagne.
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| Le festival Cosmic Nights 2015 au planétarium de Bruxelles |
Bruxelles, le 29 mai 2015
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| Mark de Wit alias Rhea |
Le planétarium est un lieu propice à la musique « cosmique »
que Mark de Wit veut promouvoir. Mais comment disposer les volumineux
synthétiseurs de cinq groupes différents dans une salle encombrée en son centre
par un projecteur non moins imposant, et conçue pour des spectateurs assis en
cercle, le nez en l’air ? Une solution possible, vue à Bochum et
Berlin : les musiciens s’entassent dans un coin, et tant pis pour les
spectateurs situés à l’autre bout de la salle ! A Bruxelles, en revanche,
les instruments sont disposés autour de l’anneau central, sous le projecteur.
Il revient alors aux spectateurs désireux de voir les musiciens de changer de
place en fonction du programme de la soirée, comme des planètes autour du
soleil.
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| Le set de Rhea & Ruud Rondou |
Mark de Wit, l’organisateur de l’événement, lui-même
musicien, se produit régulièrement sous le nom de
Rhea.
C’est lui qui, une fois encore, assure l’ouverture du festival avec un court
set d’une vingtaine de minutes, accompagné à la guitare électrique par Ruud
Rondou. Les deux hommes ont fait partie dans les années 80 du trio belge
Purfoze, qui s’était donné pour tâche de mixer les séquences de la Berlin School avec les nappes
de l’
ambient music. Entre les deux
univers, Rhea a, semble-t-il, choisi. Le morceau joué sous le dôme du
planétarium annonce le règne sans partage de l’
ambient la plus pure. Même si son collègue guitariste se laisse
d’abord aller à un solo – certes cosmique, mais un solo tout de même, qu’on
s’attendrait aussi bien à entendre dans du rock –, il finit à son tour par se
laisser aller aux effets hypnotiques. Cette brève introduction donne le ton,
elle annonce ce qui va suivre : la musique, bien sûr, mais aussi
l’atmosphère. Assis en tailleur sur un épais tapis de fourrure, devant ses
systèmes modulaires, Rhea s’inscrit dans une imagerie hippie bienvenue. Il ne
manque plus que le sitar de Ravi Shankar… ou de Klaus Hoffmann-Hoock.
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| Cycles of Moebius |
Pour le duo Cycles of Moebius, le festival Cosmic Nights
constitue une première. Ses deux membres sont plus connus séparément.
Jovica Storer et Pieter Gyselinck
alias Lounasan appartiennent en outre au
même label,
C-o-l-o-u-r-s. Eux
aussi sont très amateurs de drones et de nappes, mais n’hésitent pas à
séquencer leur musique quand l’envie leur en prend. Ce soir, c’est à Lounasan
que revient cette tâche, tandis que Jovica Storer se charge des solos, bien
aidé par sa formation de pianiste.
Les deux musiciens ne cachaient pas leur
stress avant leur entrée en scène, et leur prestation s’en est parfois
ressentie. Certaines bonnes idées sont abandonnées brusquement, avant même
d’avoir pu donner leur pleine mesure, comme si Jovica et Lounasan hésitaient
entre plusieurs directions. Mais cette manière de procéder peut aussi s’interpréter
comme un style : la musique de Cycle of Moebius devrait donc être perçue
comme une combinaison de petites touches de musique, comme une peinture
impressionniste.
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| Ian Mantripp |
Ian Mantripp est britannique et habite à Waterloo, en
Belgique. Parfaitement francophone, il produit une musique qui, elle, lorgne
résolument du coté de l’Allemagne. Assis par terre comme Rhea, il a construit
autour de lui une forteresse d’instruments ; « 100%
analogiques », précise Mark de Wit ! Le dispositif de Ian rappelle
beaucoup celui du Klaus Schulze des années 70. Sa musique aussi. Ian construit
ses morceaux comme Schulze : nappes et séquences entrelacées qui évoluent
jusqu’à l’introduction d’un solo.
Tout le monde se souvient des solos
interminables et parfois dissonants de Klaus Schulze. Ian Mantripp reste quant
à lui toujours dans les limites de l’harmonie – ce qui le rapproche plutôt de
Tangerine Dream – et sait s’arrêter à point. Sans jamais quitter les seventies
– l’improvisation règne –, chaque morceau reste si admirablement structuré et
conçu qu’il résonne instantanément comme un classique. On peut s’en faire une
idée en écoutant sur
Soundcloud
l’un d’entre eux, intitulé
Dancing On The Ecliptic. Ian Mantripp ne s’était jamais produit en public. L’émotion était
palpable, même dans ses machines. Tirer une émotion d’un assemblage de câbles
électriques : n’est-ce pas ce paradoxe qui fait tout le charme de la
musique électronique classique ?
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| Michael Brückner & Mathias Brüssel |
Les deux Allemands
Michael Brückner et Mathias Brüssel ont, eux aussi, cet
inexplicable talent. Malgré la répétition générale donnée deux semaines
auparavant à Mayence, le duo ne savait pourtant pas exactement ce qui allait se
produire sur scène. Après le concert, Mathias Brüssel avouait d’ailleurs avoir
complètement dévié en cours de route par rapport au programme prévu. Rythmes,
séquences et pads sont de son ressort ce soir, tandis que Michael Brückner
s’adjuge les claviers, jouant parfois deux solos en miroir sur deux synthés
différents.
Là encore, l’
ambient music planante
et la Berlin School
sont au rendez-vous, mais dans une combinaison complexe qui fait intervenir
d’autres univers, plus contemporains et
noisy
du côté de Brüssel, plus anciens et expérimentaux du côté de Brückner. Par
ailleurs, Brückner & Brüssel sont les seuls à ne pas se reposer sur les
visuels du planétarium – rotation des planètes, défilé des constellations –
pour illustrer leur musique. Deux jours avant le show, Michael Brückner avait
mis à profit ses talents de graphiste pour concevoir de magnifiques tableaux
dont il ignorait encore la veille s’ils seraient compatibles avec le matériel
de projection du planétarium.
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| The Roswell Incident |
The Roswell Incident, un dernier duo, clôturait la soirée. Il n’a fallu que
quelques mois aux frères Koen et Jan Buytaerts pour conquérir leur public,
notamment à l’occasion de deux prestations mémorables au B-Wave en Belgique
(2013) et au E-Live aux Pays-Bas (2014). Koen et Jan ont compris ce qu’était une
séquence et ils le prouvent une fois de plus ce soir avec un show 100% inédit.
D’abord étonnement tranquilles et prudents, loin de l’univers sombre auquel ils
nous avaient habitués, ils introduisent ensuite ces séquences dont ils ont le
secret, puissantes et travaillées, instantanément convaincantes. Le point fort
de Roswell Incident reste sans doute cette capacité à ménager ses effets. Ce
soir, c’est l’intensité croissante, le crescendo, jusqu’à ce climax où les
séquences s’enchevêtrent et culminent pour mourir brutalement. On peut
regretter qu’ils n’aient pas fini là-dessus !
Mark de Wit affirmait vouloir promouvoir les formes
classiques de la musique électronique, la « musique cosmique ». Cette
édition des Cosmic Nights a été aussi l’occasion d’encourager une scène belge
de plus en plus fournie. La
Belgique va-t-elle redevenir un pôle d’attraction de la Berlin School et de
l’
ambient ? Le 14 novembre
prochain, le 3e B-Wave Festival pourrait accomplir un nouveau pas en ce sens.
Johan Geens profitait des Cosmic Nights pour en révéler l’affiche. Le plat pays
sera bien sûr représenté avec The Tower Tree, et l’Angleterre avec Radio
Massacre International. Même la
France sera là, grâce à Space Megalithe. Surtout, c’est l’immense
artiste américain Robert Rich qui pourrait être de la partie. A condition qu’un
dernier sponsor réponde favorablement aux sollicitations des organisateurs.
>> Interview de
The Roswell Incident
>> Interview de
Michael Brückner
>> Interview de
Mark de Wit (Rhea)