Chaque année depuis
dix ans, Broekhuis, Keller & Schönwälder se produisent en l’église de
Repelen, près de Moers dans la
Ruhr, fief de Detlef Keller. Le 28 février, le trio y interprétait pour la première
fois Green, son nouvel album à
paraître cet automne. Après Red, il
s'agit du quatrième opus de la série des couleurs entamée avec Orange en 2007. Le lendemain, 1er mars, les trois musiciens retrouvaient leurs vieux amis, le guitariste Raughi
Ebert, le violoniste Thomas Kagermann et sa femme, la danseuse Eva-Maria
Kagermann-Otte – soit la formation qui, depuis 2005, illumine les voûtes de la
petite église –, à l'occasion de leur dixième concert entre ses murs. Cet
anniversaire était l'occasion de feuilleter le meilleur de la décennie écoulée.
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BK&S & friends @ Repelen 2014. De gauche à droite :
Raughi Ebert, Bas Broekhuis, Eva-Maria Kagermann-Otte, Detlef Keller, Mario Schönwälder, Thomas Kagermann |
Repelen, les 28 février et 1er mars 2014
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| Soundcheck avec Frank Rothe |
Dès son introduction, le pasteur de la petite paroisse
évangélique de Repelen, Uwe-Jens Bratkus-Fünderich, a trouvé les mots justes
pour décrire les deux spectacles. Un premier concert « protestant »,
entièrement électronique, minéral, sans lumières. Et le lendemain, un second
concert « catholique » plus expressif, avec violon, guitare classique et danse
butō, mouvementé, organique, coloré. Pleine à craquer les deux soirs de suite,
l'église n'attire pas nécessairement le même auditoire lors des deux
prestations. Comme le souligne Mario Schönwälder, le rendez-vous de Repelen est
l'un des rares de cette scène électronique traditionnelle à séduire un public
bien plus large que le noyau dur des fans irréductibles. Le pasteur et ses
fidèles y sont sans doute pour quelque chose. Le charme de la place aussi.
Depuis la tournée des églises de Tangerine Dream dans les années 70, on sait à
quel point les lieux de cultes se prêtent à ce type de musique, tout autant que
les planétariums habituellement associés au genre.
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| Broekhuis, Keller & Schönwälder présentent leur prochain album, Green, à Repelen, 28 février 2014 |
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| Bas Broekhuis |
La première de
Green
donne lieu à plus d'une heure et demie de Berlin School minimaliste, dominée
par les séquences générées à partir des célèbres
Schrittmacher de Manikin Electronic. Autour de cette structure de
base, les percussions délicates de Bas, les solos discrets de Detlef, les
nappes planantes de Mario – au synthé ou au Memotron – vont et viennent, se
succèdent puis se fondent. Depuis
Orange,
Broekhuis, Keller & Schönwälder cultivent le même sillon. Si bien que leur musique,
comme leur inspiration, vieillit comme du bon vin. C’est la grande vertu de ce
groupe.
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| Detlef Keller |
Ils s’en défendront sûrement, car notre société de consommation a
tendance à valoriser au contraire la nouveauté. L’art n’échappant pas à cette
logique, il ne faut pas s’étonner que seuls les pionniers, créateurs de
nouveaux genres ou de nouveaux mouvements, comme Tangerine Dream, Kraftwerk ou
Ashra, attirent toutes les louanges, reléguant leurs successeurs au rang de
« suiveurs ». Personne n’aime être perçu comme tel. Beaucoup
d’artistes en conçoivent un véritable complexe. A la question de leurs
influences, les musiciens de la scène électronique traditionnelle que j’ai pu
interroger préfèrent souvent répondre par la mise en avant de leurs
spécificités, de leur propre apport, réel ou supposé, à l’histoire de la
musique ; l’apport étant ici, encore une fois, pratiquement confondu avec
la seule capacité d’invention, d’innovation, ou de rupture par rapport à des
usages en cours. Le spectacle remarquable que j’ai vu à Repelen, la musique
inspirée que j’y ai entendue, m’obligent à renverser cette proposition.
En matière artistique, c'est précisément la continuité qu'il
faudrait valoriser. Car c’est à l’existence de tels « suiveurs », qui
sont d’abord des fans avant de devenir eux-mêmes des artistes, que les
pionniers doivent d’être perçus rétrospectivement comme des précurseurs.
Précurseurs de quoi sinon d’une école destinée à leur survivre,
cultivée par d’autres qu’eux-mêmes ?
Si BK&S et tous les groupes dits de la deuxième génération de la
berliner Schule n’existaient pas, leurs
aînés seraient probablement oubliés ou regardés comme des bizarreries du passé.
C’est le destin de toute innovation sans postérité. Par définition, seule la
postérité fonde la culture. C'est parce qu'il y a transmission d'une culture que
celle-ci peut rester vivante. Et ce sont les passionnés comme BK&S qui la
maintiennent en vie. Leur mérite est d’autant plus grand qu’il s’agit ici de
musique électronique. Le simple fait qu’il soit possible d’entretenir un style
particulier, dans un contexte où les instruments eux-mêmes peuvent changer tous
les ans, relève du miracle.
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| 10 Years of Repelen, le 1er mars 2014 avec BK&S, Raughi Ebert, Thomas et Eva Kagermann |
C’est une ambiance radicalement différente qui attend le
spectateur le lendemain, pour la soirée anniversaire intitulée
10 Years of Repelen. Le style, la patte
et même l'humour du trio restent identiques, mais le répertoire a complètement
changé (le dernier disque de la bande,
Repelen
– The Last Tango, fort opportunément sorti la veille, permet d’en juger).
Plus en retrait, Bas, Detlef et Mario laissent s’exprimer largement leurs deux
invités, le guitariste Raughi Ebert et le violoniste Thomas Kagermann, au point
de leur laisser la scène lors du dernier rappel,
The Last Tango, dialogue aérien entre la guitare et le violon écrit
par les deux hommes, qui se connaissent bien. Detlef Keller, qui s’est donné la
peine d’apporter sa volumineuse harpe laser, ne va l’utiliser qu’une seule
fois, lors du deuxième rappel.
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| Raughi Ebert et Thomas Kagermann |
Aussi à l’aise à la guitare classique, à la guitare
électronique ou au sitar, Raughi vient du flamenco, tandis que Thomas, issu
d’une famille d’artistes, a suivi un cursus classique et folk. Cette formation
à cinq est presque un groupe à part entière, qui développe un style propre, où la Berlin School serait encore
palpable, mais qui ne serait déjà plus de la Berlin School, où la World Music ferait son
apparition, mais qui ne serait pas encore de la World Music. Car les cinq
musiciens s'accordent si bien, et de telle façon, qu’il en devient impossible de
voir en l’un ou l’autre une pièce rapportée destinée seulement à apporter sa
touche d'exotisme. L’alchimie est ici infiniment plus subtile. Elle ne fonde
pas une simple fusion de genres, elle fonde elle-même un genre en soi.
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| Les figures de danse d'Eva-Maria Kagermann-Otte |
Or la musique n’est qu’un des aspects de ce spectacle
complet. Les vieilles pierres et les vitraux de l’église, de même que les jeux
de lumière qui les mettent si bien en valeur font incontestablement partie du
tableau. Mais le clou du spectacle, ce sont bien sûr les interventions d’Eva-Maria
Kagermann-Otte, danseuse contemporaine qui dit s’inspirer des mouvements de la
danse butō, et qui crée elle-même ses intrigants costumes. A trois reprises,
Eva surgit devant la scène et entame un véritable dialogue avec les musiciens,
spécialement avec son violoniste de mari, comme si elle devenait pour un temps
le chef d’orchestre du groupe. Un bel endroit, des artistes inspirés, beaucoup
de passion et finalement peu de moyens : il n’en fallait pas plus pour
créer ce spectacle éblouissant.
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| Eva-Maria Kagermann-Otte |
Setlist (28 février) : Direction Green One. – Direction
Green Two. – From Green to Yellow. – [rappel] Red One.
Setlist (1er mars) : Storm Chaser. – Babylon Road.
– Far From India. – Tranzz08. – Frozen Nights. – Philadelphia. – Shiauliai. – Skinner’s
Run. – [rappels] Tea With An Unknown Girl. – Source of Life. – The Last Tango.
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| Mario Schönwälder et Thomas Kagermann à la flûte |
Prochains rendez-vous avez BK&S
– Near Full Moon Konzert, Kurhotel an der Therme, Bad Orb, 11/07/2014
– Full Moon Konzert, Kurhotel an der Therme, Bad Orb, 12/07/2014
– 20 Years of BK&S, Planetarium am Insulaner, Berlin, 27/09/2014
– Dechen Cave Concert (avec Pyramid Peak), Dechen Cave,
Iserlohn, 25/10/2014