dimanche 15 décembre 2013

Manikin Electronic en démonstration

 

Le premier B-Wave Festival en Belgique a permis aux visiteurs de découvrir, entre deux concerts, une démonstration des deux produits de la firme berlinoise Manikin Electronic, le Schrittmacher et le Memotron. Au programme, un mini-concert de Broekhuis, Rothe & Schönwälder, des questions-réponses avec Thorsten Feuerherdt et Markus Horn, les fondateurs de la société il y a dix ans, et une démonstration de l’indispensable Klaus Hoffmann-Hoock, qui présentait la dernière banque de sons développées par ses soins pour le Memotron, la « Harry’s collection ».


Bas Broekhuis, Frank Rothe & Mario Schönwälder, démonstration Manikin @ B-Wave 2013 / photo S. Mazars
La démonstration Manikin Electronic au B-Wave Festival avec Bas Broekhuis, Frank Rothe & Mario Schönwälder

Heusden-Zolder (Belgique), le 7 décembre 2013

La démonstration du Schrittmacher et du Memotron


Rien de mieux qu’un concert de BK&S pour présenter les immenses ressources du Schrittmacher et du Memotron. La bande a toujours été la première à expérimenter les innovations technologiques de Manikin Electronic. Mario Schönwälder, gérant du label Manikin Records, n’a pas seulement donné son nom à la firme jumelle. Il est pratiquement le commanditaire de ses deux produits phares. Mais en l’absence de Detlef Keller, c’est Frank Rothe, l’ingénieur du son et complice de longue date, qui prend place devant le Schrittmacher, tandis que Mario s’attèle au Memotron. Bas Broekhuis, à la batterie électronique, complète le casting. Dans une ambiance vivante et décontractée, la petite improvisation à laquelle les trois hommes se livrent permet en tout cas de découvrir la souplesse du Schrittmacher, avec lequel Frank Rothe multiplie les séquences, parfois très complexes, mais aussi de mesurer l’incroyable fidélité du Memotron à son ancêtre analogique, le mellotron.

Jusqu’à présent, sept banques de sons ont été développées, reprenant les bandes originales de mellotrons d’époque : une « studio collection », quatre « vintage collections », une « Berlin School collection » et la dernière, achevée il y a quelques semaines, la « Harry’s collection ». Toutes sont composées de fichiers audios dans un format propriétaire sans déperdition conçu par Markus Horn. Mario a puisé dans la « Berlin School collection » l’essentiel de son improvisation du jour. Il a aussi utilisé les collections vintage et un ou deux sons de la « Harry’s », une collection une fois encore élaborée par les soins de Klaus Hoffmann-Hoock, dont l’intéressé se fait une joie de donner une démonstration plus détaillée. Cette bibliothèque de sons est directement issue des bandes originales d’un authentique Chamberlin. Cet instrument, inventé par Harry Chamberlin au début des années 50, est considéré comme l’ancêtre du mellotron. Sous l’œil de plusieurs spectateurs, connaisseurs ou non, Klaus montre les différences significatives qui peuvent exister entre les textures d’origines et celles des mellotrons ultérieurs, passant alternativement d’une banque à l’autre. Il revient ensuite aux deux fondateurs de Manikin Electronic d’expliquer leur démarche.

Thorsten Feuerherdt et Markus Horn, fondateurs de Manikin Electronic @ B-Wave 2013 / photo S. Mazars
Thorsten Feuerherdt et Markus Horn

Entretien avec Thorsten Feuerherdt et Markus Horn, fondateurs de Manikin Electronic


Quand avez-vous fondé Manikin Electronic ?

Thorsten Feuerherdt – En 2003. Pour assurer la sortie de notre premier appareil, le Schrittmacher.

Qu’est-ce que le Schrittmacher ?

Markus Horn – Le Schrittmacher est un step sequencer midi. L’idée vient de notre ami Mario Schönwälder. Il possédait à l’époque un séquenceur Doepfer Maq16/3, mais nous avait fait part de son insatisfaction. L’instrument se désaccordait souvent, notamment en concert. Quand il nous a demandé si nous voulions bien développer pour lui un séquenceur à pas plus fiable, nous nous sommes attelés [avec l'aide de Klaus Schulze] à la conception du Schrittmacher. Il est compatible midi, possède 32 pistes indépendantes de 16 pas, et dispose aussi bien des paramétrages usuels du step sequencing que de fonctions propres.

Qu’est-ce que le Memotron ?

TF – Le Memotron est un remake digital du mellotron M400, que nous avons commencé à développer vers 2005-2006. L’idée vient également de cette scène électronique traditionnelle, également de Mario Schönwälder. Pour jouer en concert, il avait bourré son sampleur Kurzweil K2500 de samples de mellotron. Bien sûr, les sons typiques du mellotron sont idéaux pour ce type de musique. Mais les entendre sortir d’un tel appareil, ça faisait bizarre. C’était du bricolage. Nous lui avons fait remarquer. Il nous a répondu que nous n’avions qu’à lui construire nous-mêmes un instrument… et qui présente bien, si possible ! Nous l’avons pris au mot. Mais où trouver les sources sonores ?

Klaus-Hoffmann-Hoock au Memotron @ B-Wave 2013 / photo S. Mazars
K. Hoffmann au Memotron
C’est là que Klaus Hoffmann entre en scène.

TF – Nous avons pris contact avec Klaus Hoffmann précisément parce que nous connaissions les bibliothèques de sons de mellotron qu’il avait conçues, notamment pour le M-Tron de la firme GMedia, avec laquelle nous étions déjà en relation, mais aussi pour Kurzweil et d’autres firmes. Il possédait déjà son immense collection, il en avait restauré plusieurs. C’est le pape du mellotron. Nous lui proposé de collaborer à notre propre projet, sans savoir encore dans quelle direction aller. Il a accepté. Avec lui, nous avons ainsi décidé ce à quoi le Memotron devrait ressembler, ce qu’il pourrait faire, ce qu’il ne pourrait pas faire. Toutes nos dernières bibliothèques sont de lui. [cf notre entretien avec Klaus Hoffmann à Oirschot en octobre.]

Quels artistes utilisent du matériel Manikin Electronic ?

TF – Whoa ! La liste est très longue, nous en avons publié une partie sur notre site : Rick Wakeman, Oasis, Paul Weller, Jean-Michel Jarre, Tangerine Dream, Klaus Schulze, Air, Barclay James Harvest, The Zombies, The Moody Blues…

Les Moody Blues ont un Memotron ? Ça c’est intéressant. Nights in White Satin est l’une des plus célèbres chansons mettant à l'œuvre un mellotron, et voilà qu’ils utilisent votre version digitale !

TF – Oui, c’est ça ! Et la liste s’allonge, car de plus en plus d’artistes découvrent les incroyables possibilités des deux produits.

Que faisiez-vous avant ? Quel métier exerciez-vous ?

MH – Nous nous sommes connus à l’université, à Berlin, où nous nous trouvions déjà dans cette branche très technique, électronique et informatique. Une fois nos diplômes obtenus, au bout de six semaines, je crois, nous avions déjà trouvé du travail dans la même boîte, une entreprise de services numériques, Thorsten en temps que spécialiste du hardware, et moi du software. Sur notre temps libre, nous avions alors commencé à développer en parallèle le Schrittmacher pour Mario. Il n’était pas encore question de commercialisation, encore moins de production en série. Mais la bulle Internet a fini par éclater. Les ingénieurs perdaient leurs jobs les uns après les autres. C’est ce qui nous est arrivé, vers 2001-2002. C’était l’occasion de se lancer sérieusement.

Frank Rothe au Schrittmacher @ B-Wave 2013 / photo S. Mazars
F. Rothe au Schrittmacher
Manikin est-il devenu votre job à plein temps ?

TF – Oui, depuis 2003, Manikin est notre activité principale. Nous en vivons tous les deux. L’entreprise a deux missions : développer le Schrittmacher et le Memotron d’une part, proposer toutes sortes de services techniques aux musiciens d’autre part.

Et vous-mêmes, n’avez-vous jamais eu envie de produire votre propre musique ?

MH – Oui au début. Il y a très, très longtemps, j’ai programmé un peu de musique sur Amiga. J’avais même acheté un clavier d’entrée de gamme. Mais c’était juste pour m’amuser. Nous avons très rapidement été accaparés par notre travail.

Comme Robert Moog, en somme.

TF – Ha ha, oui. Nous sommes de purs ingénieurs, pas des musiciens. En outre, quand nous voyons comment nos clients se servent de nos produits, nous ne pouvons que constater à quel point ils sont meilleurs que nous. Alors nous n’éprouvons plus le besoin de jouer nous-mêmes.

Manikin Electronic a-t-elle déjà fait l’objet d’offres de rachat par de grosses firmes ?

TF – Non... pas encore !
MH – Il faut dire que le Schrittmacher et le Memotron occupent une toute petite niche.
TF –Notre travail ne se distingue pas tant que ça de celui d’autres ingénieurs en électronique. En revanche, ce sont nos deux produits qui sont vraiment très spéciaux.

Il n’y en a que deux pour le moment, Envisagez vous d’en développer d’autres ?

MH – Oui. On va laisser Mario décider, ha ha ha. Non je plaisante.
TF – Pour l’instant, nous poursuivons le développement de nos deux appareils. Ce n’est jamais fini. Le Schrittmacher subit régulièrement de nouvelles améliorations, nous ajoutons des banques de sons au Memotron. Les idées sont là. Quant à savoir comment elles se traduiront : nous verrons bien.

>> Interview de BK&S
>> Interview de Klaus-Hoffmann-Hoock